Tristan Le Guern

Les blasons de la chapelle Sainte-Anne du Porzic

Profitant des journées européennes du patrimoine je suis allés visiter la chapelle Sainte-Anne du Porzic, en périphérie du quartier Saint-Pierre à Brest. L’extérieur du bâtiment n’est pas très beau en soit, un enduit gris recouvre tout et il n’y a pas de décorations. Mais l’intérieur vaut le détour : les murs et le plafonds sont entièrement peints avec plusieurs fresques représentant la vie de Sainte-Anne (la grand-mère de tous les Bretons), ainsi que des mouchetures d’hermine et des ancres de marine. Les vitraux sont également de très belles factures, ce ne sont pas des compositions « modernes » abstraites.

Ce qui m’a le plus intéressé cela dit sont deux représentations des armoiries de la famille Rodelec du Porzic, une peinte directement au dessus de la porte d’entrée coté intérieur et une autre sculptée dans la pierre pour décorer la plaque dédiée à Edouard de Rodellec du Porzic, mort pour la France en 1915.

En recherchant un peu l’histoire du lieu je suis tombé sur les pages du Nobiliaire et armorial de Bretagne de Potier de Courcy1 publié en 1862 et décrivant le blason de cette famille ainsi : D’argent à deux flèches tombantes d’azur, posées en pal, devise « Mad ha leal ». Pour que ça soit plus visuel en voici une représentation réalisée par Jérôme Blum pour illustrer l’encyclopédie Wikipedia :

Blason de la famille Rodelec du Porzic d'après l'armorial de 1862

Étonnamment ce n’est pas ce qui est visible dans la chapelle :

Si la devise est la même les couleurs utilisées sont différentes.

Les impacts sous forme de point dans le fond de l’écu sur la sculpture sont traditionnellement utilisés pour représenter la couleur or (c’est à dire le jaune) dans un contexte monochrome. Selon le même système l’absence de hachure comme on peut le voir sur les deux flèches représente soit la couleur argent (blanc) soit la couleur dite « naturelle » pour représenter un meuble de l’écu tel qu’il existe « en vrai ». Nous avons donc ici deux blasonnements possibles : d’or à deux flèches tombantes d’argent, posées en pal ou alors d’or à deux flèches tombantes au naturel, posées en pal. Le qualificatif « au naturel » permet de respecter la règle de contrariété des couleurs mais ne me semble pas idéal pour décrire des flèches.

La peinture n’aide pas vraiment à trancher, sans doute à cause de l’ancienneté des pigments qui doivent dater de la reconstruction de 1929 : le fond de l’écu est-il jaune ou gris ou même peut être vert ? Si l’on compare avec la couleur du ruban en dessous, qui devait originellement être blanc, il est possible de déterminer que le fond de l’écu n’était pas blanc, la teinte même si elle est indéfinissable à mes yeux, est différente.

Les flèches sont peintes avec des couleurs nettement différentes pour les fers, les fûts et les flèches : peut être respectivement gris, marron et bleu. Il peut s’agir là d’une fantaisie de l’artiste qui a cherché à peindre des flèches réalistes, ne gardant la couleur bleue que pour l’empennage.

Je dirais donc que les armes exposées dans la chapelle sont plutôt d’or, à deux flèches d’azur tombantes posées en pal, c’est à dire ainsi (image générée avec drawshield) :

Blason de la famille Rodellec du Porzic tel que réellement vu dans la chapelle

Pourquoi ce changement pour le fond de l’écu d’argent vers or ?

Sans connaître les détails je ne peux que faire cette supposition : les Rodellec du Porzic ayant hérités de cette chapelle au début du XXème siècle pourraient être issus d’une branche cadette qui a du procéder à une différenciation.


En bonus, une autre représentation disponible dans l’Armorial Général de Charles d’Hozier. On y voit les armes d’Yves Rodelec du Porzic accolées à celle de sa femme Renée Mahé :

Blason de Yves Rodelec du Porzic accolé à celui de sa femme Renée Mahé

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